En fouillant les archives... Les Moulins de Saint-Georges
par Eric Vandenbosshe

Le Moulin de St Georges en 1907
Le saviez-vous? on pense généralement que le plus ancien bâtiment de Saint Georges est son église. Il est vrai que la première mention écrite de son existence remonte à 1253. Mais il est un autre bâtiment dont l'origine remonte à un siècle environ avant l'église. Alors avez-vous une idée?
Il s'agit du moulin à eau.
Eh oui ! Dans une charge latine datée de 1163, l'évêque d'Auxerre Alain reconnaît les donations faites par son prédécesseur, Hugues de Mâcon, à l'abbaye Saint Marien d'un moulin et de ses terres situé sur le ru de Baulche à Saint Georges. Comme l'évêque Hugues a occupé le siège épiscopal d'Auxerre de 1137 à 1151, on peut supposer que le moulin fut construit à cette époque: ce qui correspond aux dates d'installation des moulins à eau dans toutes la France.
Entre le milieu du XIIème siècle et le milieu du XIVème siècle, l'abbaye Saint-Marien d'Auxerre acquiert de nombreux terrains aux alentours du moulin, depuis la route de Montboulon jusqu'aux confins de Villefargeau en passant par Chanteraine et Bonpain.
En 1377, on apprend que le moulin est en ruine, sans doute suite aux combats de la guerre de cent ans qui ravagèrent la région. A cette date, il est loué à Etienne Bernard, à charge pour lui de rétablir le moulin à neuf et moyennant la somme à payer de 100 sols à Noël et 25 sols à l'assomption. Cent ans plus tard en 1487, on retrouve la trace d'une location à un certain Pierre Leroy, meunier laboureur à Parly; il ne la garde qu'une année car en 1488 c'est Claude Vinot qui devient meunier. Lui et ses héritiers en conservent la jouissance jusqu'en 1573. En effet son descendant Georges Vinot, prisonnier des prisons royales (on ignore pour quelles raisons), par sentence rendue en la prévôté d'Auxerre 17 Janvier 573 fait la rétrocession du moulin aux religieux de Saint-Marien afin de payer sa libération. Le moulin passe alors dans les mains de Jacques Betagnon, tissier en toile à Saint Georges, le 15 Octobre 1580. Ce moulin ne moud plus de grain, mais sert à fouler les draps; des maillets entraînés par les rouages du système frappent des draps de laine afin de les assouplir. Cependant le moulin semble à nouveau en ruine.
C'est peu avant cette époque, vers 1572/1574, qu'est construit un autre moulin à Saint-Georges, toujours sur les terres de Saint-Marien, le long du ru de Baulche en aval du précédent moulin. Apparemment c'est un certain Germain Boirot, marchand à Auxerre qui a investi dans cette construction. En 1581, ce nouveau moulin sert à moudre de la farine pour les habitants de "Saint-Georges, Montmercy, Charbuy, Perrigny, et autres lieux et faubourgs d'Auxerre". En 1588, Germain Boirot, fils du précédent, conseillé en la prévôté d'Auxerre, fait un bail au meunier Thomas Nicault, de ce moulin à blé situé près du gué de Saint Georges. En 1619, le moulin prendra le nom officiel de "Moulin Boirot", nom qu'il gardera jusqu'à nos jours. De cette date à la révolution française de nombreux meuniers s'y succèdent, puis il devient en 1808 la propriété de Monsieur Vidal, Maire de Saint-Georges. Ce moulin sera définitivement détruit en 1864, il n'en reste que quelques grosses pierres au milieu d'un pré.
Pour en revenir au moulin de Saint-Marien, celui-ci entièrement refait à neuf en l'année 1599, est loué à Philebert Chaumard meunier et maître charpentier de moulin ainsi qu'à son épouse Anne Bernard. Les meuniers dès lors se succèdent jusqu'à la révolution. En 1808, C'est Guillot Prudot qui en devient le propriétaire. Puis en 1836, Antoine François Courot possède la propriété ; il s'agit de l'arrière grand père du célèbre écrivain Romain Rolland, ce dernier venait d'ailleurs passer ses vacances d'été à Saint-Georges.
Aujourd'hui, le moulin de Saint-Georges dit moulin de Saint-Marien est une propriété privée qui a été magnifiquement restaurée.
Eric Vandenbosshe